À l’occasion du 67e anniversaire de la création de l’Armée Guinéenne, qui sera célébré le 1er novembre, l’ancien Président Alpha Condé a publié un discours au ton particulièrement accusateur.
Loin d’être une simple commémoration, l’allocution est devenue une critique virulente de l’évolution de l’institution militaire depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 qui l’a renversé.
Rappelant la vision fondatrice du Président Ahmed Sékou Touré d’une armée « inséparable du peuple », Alpha Condé a d’abord mis en exergue les efforts de modernisation et de professionnalisation entrepris sous son mandat (2011-2021) pour rendre l’armée « plus républicaine et disciplinée ». Il a ensuite dénoncé avec force la rupture brutale du 5 septembre 2021, affirmant que l’armée guinéenne a été « trahie » et « instrumentalisée » au service d’« intérêts obscurs, mafieux et égoïstes ».
L’ancien chef d’État a particulièrement insisté sur les divisions, le tribalisme et l’affaiblissement moral qu’aurait subis l’institution sous la transition actuelle. Évoquant le sort d’officiers « écartés, humiliés ou exécutés sans procès », il a cité nommément les cas du Général Sadiba Koulibaly et du Colonel Célestin Bilivogui, soulignant que l’armée « saigne ». Le discours fait également référence à la récente découverte de corps à Forécariah, suggérant qu’il s’agirait de militaires des forces spéciales, et s’interroge sur le nombre de soldats « froidement éliminés » en silence.
S’adressant directement aux officiers, sous-officiers et soldats, l’ancien Président a lancé un appel solennel à la « conscience » et à la « fidélité républicaine ». Il a rappelé que la vraie loyauté ne s’adresse pas à un homme ou à un clan, mais à la Patrie et à la légalité.
Alpha Condé a exhorté les militaires à renouer avec les valeurs fondatrices de 1958 – patriotisme, discipline et service désintéressé – et à faire de leur uniforme un « symbole de courage et non de peur ».
Concluant son propos, il a appelé l’armée à retrouver sa mission sacrée : sécuriser, protéger et unir la Guinée, et non plus à « tirer sur ses enfants ». Le 1er novembre doit être, selon lui, une journée de réconciliation entre l’armée et le peuple et de renaissance de la fierté nationale.
Le Président déchu a finalement exprimé une pensée pour les défunts, les malades et les détenus « injustement et illégalement » dans les prisons, souhaitant que l’armée se mette « au service du peuple et non des individus qui se dressent contre la volonté souveraine du peuple ».
