En conférence de presse ce Jeudi 23 octobre 2025 à Conakry, Amnesty International a présenté le rapport sur la société SOGUIPAH, à l’entame de sa présentation M. Fabien Hoffner , chercheur principal au Bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du centre a indiqué « La principale préoccupation du président est que la restructuration de la SOGUIPAH constitue une priorité nationale. C’est donc dans ce contexte que nous avons mené cette recherche.
Il convient également de rappeler que la Constitution récemment adoptée a introduit la protection de nouveaux droits, notamment les droits économiques et sociaux, parmi lesquels figure le droit de toute personne à une rémunération juste et équitable.
C’est dans ce cadre politique et institutionnel que s’inscrit notre étude. La SOGUIPAH nous paraît symbolique à plusieurs titres.
D’une part, il s’agit d’une entreprise publique majeure, peut-être la plus importante encore détenue intégralement par l’État guinéen.
D’autre part, c’est une entreprise essentielle pour la région de N’zérékoré, employant selon les autorités plus de 10 000 personnes, directes et indirectes.
Cette symbolique est d’autant plus forte que la SOGUIPAH fut autrefois, comme l’a rappelé la ministre de l’Agriculture, le fleuron de l’industrie guinéenne. Mais depuis une vingtaine d’années, elle traverse une succession de crises, dues notamment à la chute du cours de l’hévéa, mais aussi à de graves problèmes de gouvernance.
Plus loin il indique,Depuis les années 2000, manifestations et préavis de grève se multiplient, aussi bien chez les salariés de la SOGUIPAH que chez les planteurs et travailleurs des plantations familiales, comme l’a expliqué M. Souleymane Sow. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’étudier cette situation.
Je vais à présent présenter les principaux résultats du rapport, en me concentrant sur trois points :
1. Les conditions de travail,
2. Les expulsions forcées,
3. Et la liberté d’expression.
1. Les conditions de travail
La première chose qui nous a frappés concerne les salaires.
Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) a été relevé en 2022 à 550 000 francs guinéens. Pourtant, l’examen de nombreux bulletins de paie a révélé que ce minimum légal n’est pas respecté au sein de la SOGUIPAH, pourtant entreprise publique. Certains bulletins de salaire affichent des montants inférieurs à 100 000 francs guinéens par mois, pour environ 170 heures de travail.
Ce non-respect touche principalement les catégories les plus basses : manœuvres, ouvriers, jardiniers, hommes et femmes, parfois employés depuis 10 à 15 ans. Avec de tels revenus, il est impossible de mener une vie décente : se loger, se nourrir correctement ou scolariser ses enfants devient un défi quotidien.
Cette situation, bien que présente ailleurs, est particulièrement choquante ici, car elle concerne une entreprise d’État censée servir d’exemple en matière de respect des droits sociaux.
Le problème de la rémunération insuffisante touche également les planteurs familiaux et leurs employés, qui ne sont pas salariés de la SOGUIPAH mais lui vendent leur production d’hévéa et de noix de palme. Nous avons constaté un manque total de transparence dans les relations contractuelles entre ces producteurs et la SOGUIPAH. Les syndicats des planteurs affirment ne pas avoir accès aux conventions et contrats signés dans les années 1990, qui définissent pourtant leurs droits et obligations. De plus, les planteurs sont contraints de vendre leur production à la SOGUIPAH à un prix inférieur au marché, alors que des acheteurs venus des pays voisins (Liberia, Côte d’Ivoire) offrent des prix plus avantageux.
Les retards de paiement fréquents ont poussé certains producteurs à recourir à des intermédiaires, qui achètent encore moins cher, aggravant ainsi leur appauvrissement. Les revendications et préavis de grève se multiplient depuis des années, souvent sans réponse.
Concernant la sécurité et la santé au travail, la SOGUIPAH manque à ses obligations. Les travailleurs manquent souvent d’équipements de protection (gants, bottes, lunettes), alors qu’ils manipulent des machines dangereuses ou des produits chimiques nocifs. Certains produits utilisés pour le traitement de l’hévéa sont classés dangereux par l’OMS. Plusieurs employés ont témoigné de problèmes de santé liés à l’exposition à ces substances. Malgré l’existence d’un centre médical à Diécké et de quelques postes de santé, l’accès aux soins reste très limité. Nous avons observé un manque de médicaments essentiels et des installations dans un état de dégradation avancé. Là encore, cela illustre un manquement grave pour une entreprise publique d’une telle envergure.
2. Les expulsions forcées de terres Depuis la création de la SOGUIPAH en 1987, des milliers d’hectares ont été attribués à l’entreprise, provoquant déjà à l’époque des dépossessions de terres. Mais encore récemment, en 2021, des habitants de plusieurs villages – notamment Galakpaï et Gbalan, près de Diécké – ont été contraints de quitter leurs champs sans indemnisation juste et préalable, en violation du droit international et du Code foncier guinéen. Ces personnes se retrouvent privées de leurs moyens de subsistance, sans que la SOGUIPAH ait pour autant commencé à exploiter les terres concernées. Le cas du village de Saoro, théâtre de violents affrontements en 2014, reste emblématique : les victimes attendent toujours une indemnisation et vivent dans une grande précarité.
3. La liberté d’expression
Enfin, nous avons étudié la situation de la liberté d’expression.
Le climat général en Guinée, marqué par des atteintes répétées aux libertés publiques, se ressent également à la SOGUIPAH.
Dans la région de Diécké, une véritable omerta règne : les habitants et les travailleurs ont peur de parler par crainte d’être dénoncés, sanctionnés ou licenciés. L’exemple d’Angeline Kamano, élue syndicale licenciée après avoir dénoncé sur Facebook les conditions des femmes à la SOGUIPAH, illustre bien cette situation.
De nombreux témoignages ont été recueillis sous anonymat pour protéger les personnes de possibles représailles. Les manifestations sont rares, car les travailleurs craignent des répressions, comme celles survenues à Saoro en 2014, toujours présentes dans les mémoires.
Diplomate pour nouvelleinfo
