Dans cet entretien accordé à Guinée360, le responsable de la communication du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), Mohamed Bangoura, dit Roméo, revient sur le déroulement des examens nationaux de la session 2026. Il dénonce les cas de fraude enregistrés, notamment lors du baccalauréat unique, appelle à situer les responsabilités et à appliquer les sanctions prévues par la loi. Il salue également l’instauration d’une session de rattrapage et plaide pour une revalorisation de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.
Guinée360 : Quel regard portez-vous sur le déroulement des examens nationaux 2026, en particulier le baccalauréat qui vient de s’achever ?
Mohamed Bangoura : Le constat est évident et personne ne peut le nier. Malgré tout ce qui s’est passé autour de ces examens, notamment les cas de fuite de sujets, il faut reconnaître le travail remarquable accompli par les différents délégués déployés dans les centres d’examen. Ils se sont investis corps et âme pour limiter les cas de fraude. Grâce à leur vigilance, plusieurs téléphones et documents interdits ont été saisis. Ils ont également permis de démasquer des tentatives de substitution de candidats. C’est un travail qu’il faut saluer et encourager, car il a contribué à préserver, dans une certaine mesure, la crédibilité du baccalauréat cette année.
Pour la première fois, les cas de fraude ont été largement rendus publics à travers le pays. Selon vous, cela signifie-t-il qu’il y a eu davantage de fraude cette année ou que les autorités ont simplement choisi de communiquer davantage sur ces pratiques ?
Certaines vérités ne peuvent plus être cachées. Aujourd’hui, tout le monde est sur les réseaux sociaux. Avant même le lancement de certaines épreuves, des sujets circulaient déjà sur Internet. Ce qu’il faut condamner avant tout, c’est l’attitude de certains cadres du système éducatif qui ont permis que ces sujets se retrouvent sur les réseaux sociaux. C’est extrêmement grave. À mon avis, cette situation s’explique en partie par des considérations financières. Par le passé, les personnes chargées de l’élaboration des sujets étaient mises en internat et bénéficiaient d’indemnités importantes. Depuis l’arrivée du ministre Jean-Paul Cedy, puis sous celle du ministre Alpha Bacar Barry, ces avantages ont été supprimés. Je pense que cette dimension pécuniaire a pu pousser certains individus à chercher d’autres moyens de tirer profit de leur position en faisant fuiter les sujets. C’est une réalité qu’il ne faut pas occulter. Si nous voulons qualifier notre système éducatif, il faut d’abord nous interroger sur notre propre conscience collective.
Parmi les personnes impliquées dans ces affaires de fraude figurent également des enseignants. En tant que responsable syndical, quelles sanctions préconisez-vous ?
Il n’y a pas de débat à avoir sur cette question. Il suffit d’appliquer la loi de la République. Les textes qui régissent les examens nationaux prévoient déjà des sanctions contre les auteurs de fraude. Il faut simplement les appliquer avec toute la rigueur nécessaire, sans complaisance. C’est à cette condition que nous pourrons restaurer la confiance dans notre système d’évaluation.
Pensez-vous que cette fermeté constitue aujourd’hui le principal moyen de dissuader les futurs fraudeurs ?
Absolument. L’impunité encourage la récidive. Si chacun sait que les textes seront appliqués sans exception, cela contribuera à réduire considérablement les pratiques frauduleuses lors des prochaines sessions.
Le gouvernement a décidé d’organiser une session de rattrapage pour les candidats ayant obtenu une moyenne d’au moins 8,50. Quelle appréciation faites-vous de cette mesure ?
Nous accueillons cette décision très favorablement.nDepuis plusieurs années, le SLECG dénonçait une situation qui conduisait de nombreux jeunes à abandonner leurs études ou à perdre tout espoir après avoir échoué avec des moyennes très proches de l’admission, parfois 9,99. Nous avons toujours plaidé soit pour un repêchage, soit pour l’organisation d’une session de rattrapage. Aujourd’hui, notre message a été entendu. Le baccalauréat reste un diplôme. Lorsqu’un candidat obtient entre 8,50 et un peu plus de 9 de moyenne, je pense qu’il mérite une seconde chance. Il ne faut pas oublier que beaucoup d’élèves vivent dans des conditions sociales très difficiles. Certains arrivent en salle d’examen avec de lourdes préoccupations familiales qui peuvent affecter leurs performances, notamment durant les premières épreuves. Accorder une nouvelle opportunité à ces candidats, comme cela se fait dans plusieurs pays, est une initiative salutaire. Je félicite donc le gouvernement pour cette décision.
Les candidats admis à cette session de rattrapage seront orientés vers l’enseignement technique et la formation professionnelle. Partagez-vous cette orientation ?
Oui, totalement. Il faut sortir de l’idée selon laquelle seule l’université garantit un avenir professionnel. Aujourd’hui, de nombreux diplômés universitaires sont confrontés au chômage. À l’inverse, beaucoup de jeunes ayant choisi l’enseignement technique et la formation professionnelle réussissent à s’insérer rapidement sur le marché de l’emploi. Les métiers de l’électricité, de la plomberie, de la chaudronnerie ou encore de la mécanique sont très recherchés, notamment dans les entreprises de construction et les sociétés minières. Beaucoup de ces jeunes gagnent correctement leur vie, parfois même mieux que certains agents de l’État.
Faut-il donc revaloriser davantage l’enseignement technique et la formation professionnelle en Guinée ?
Sans aucun doute. Il est temps de changer les mentalités. L’enseignement technique et la formation professionnelle constituent aujourd’hui une véritable réponse au chômage des jeunes. Il faut sensibiliser les parents d’élèves et les candidats afin qu’ils comprennent que la réussite ne passe pas uniquement par les études universitaires. D’ailleurs, si vous vous rendez dans plusieurs établissements techniques, notamment les ENAM de Conakry, vous constaterez que de nombreux diplômés de l’université viennent s’y former en plomberie, en électricité ou en chaudronnerie afin d’acquérir des compétences pratiques leur permettant d’accéder à un emploi. Cela montre que les besoins du marché évoluent. Il est donc important d’encourager cette orientation, qui contribuera à revaloriser notre système éducatif tout en favorisant l’insertion professionnelle des jeunes.
