Le dernier voyage du Président de la République, S.E.M. Mamadi Doumbouya, en Grèce, à l’occasion de ses vacances, aura au moins révélé une réalité devenue préoccupante dans le débat public guinéen : la puissance des rumeurs et des fausses informations. Pendant plusieurs jours, des informations contradictoires ont circulé sur les réseaux sociaux, alimentant spéculations et inquiétudes. Une fois encore, la vérité a fini par s’imposer, mais avec une faiblesse manifeste de la communication institutionnelle.
Le problème n’est donc plus seulement de démentir après coup ; il est désormais nécessaire d’anticiper. Depuis l’avènement du multipartisme dans les années 1990, la crédibilité de la parole officielle est régulièrement mise à l’épreuve. En Guinée, une information diffusée par un média privé ou un simple blogueur est parfois davantage crue qu’un communiqué officiel, parce que les institutions ont longtemps eu du mal à occuper efficacement l’espace informationnel. Cette situation doit conduire le pouvoir public à repenser sa stratégie de communication.
Il ne s’agit pas de fabriquer des informations ni d’organiser des fuites, mais de construire un écosystème de communication crédible, réactif et professionnel, capable de répondre rapidement aux rumeurs et de fournir des informations vérifiables. Certains journalistes, blogueurs et activistes hostiles au régime ont acquis une forte audience parce qu’ils ont été régulièrement les premiers à communiquer sur des dossiers sensibles, notamment judiciaires. Même lorsque certaines de leurs affirmations se sont révélées inexactes, le fait d’avoir parfois livré des informations exactes en premier a renforcé la confiance d’une partie du public à leur égard. C’est précisément cette bataille de la crédibilité que l’État doit comprendre.
La réponse ne peut pas être de simples porte-paroles répétant les communiqués institutionnels, mais la constitution d’une nouvelle génération de communicants maîtrisant parfaitement l’écrit, l’oral, les réseaux sociaux, le journalisme de données et surtout les exigences de la vérification. La forme compte autant que le fond : un message mal formulé, approximatif ou émotionnel peut immédiatement susciter le doute. Il faut créer une Cellule nationale d’anticipation et de riposte informationnelle, composée de journalistes, communicants, juristes, analystes et spécialistes du numérique, avec pour mission de surveiller l’espace médiatique, d’identifier rapidement les fausses informations, de vérifier les faits et de fournir aux communicants institutionnels des éléments fiables avant que les rumeurs ne deviennent virales.
Cette cellule pourrait également établir un réseau de communicateurs professionnels, indépendants dans leur ton mais rigoureux dans leurs méthodes, capables d’animer des débats contradictoires et de défendre les politiques publiques par des arguments plutôt que par des invectives. L’objectif ne serait pas de contrôler l’information, encore moins de museler les voix critiques, mais de faire en sorte que l’État soit présent dans le débat avant que les autres ne racontent l’histoire à sa place. Car dans une démocratie moderne, celui qui communique le premier n’a pas nécessairement raison, mais celui qui laisse le vide informationnel s’installer prend le risque de laisser les autres définir la réalité à sa place.
Présidence de la République de Guinée
Primature de la République de Guinée
Diplomate pour nouvelleinfo
