Rien ne va plus au sein de la coordination de la Basse-Guinée, minée par de profondes divergences autour de la désignation de son patriarche, le Kountigui. Malgré l’implication des autorités politiques et administratives, les dissensions persistent et prennent des allures de fracture ouverte, au grand dam des populations.
Face à cette situation préoccupante, Elhadj Diériba Diaby, ambassadeur de la paix, a décidé de s’impliquer personnellement. Fidèle à son engagement pour la cohésion sociale et le vivre-ensemble, il a reçu, à son domicile, les différents protagonistes de la crise.
Le lundi précédent, il s’était entretenu avec un premier groupe de dissidents. Ce samedi 24 janvier 2026, il a accueilli le second camp, dans une démarche résolument tournée vers la réconciliation. Dans son intervention, Elhadj Diériba Diaby a dénoncé avec fermeté ce bras de fer fratricide, qu’il a comparé à « un serpent qui se mord la queue ».
Pour lui, tout sage est, par essence, un ambassadeur de la paix, investi d’une mission morale qui transcende les intérêts individuels et les calculs politiciens. Il a exhorté ses hôtes à privilégier l’intérêt collectif, la solidarité et la paix sociale.
« Vous êtes déjà tous des ambassadeurs de la paix. Le Président Mamadi Doumbouya, que nous connaissons, est un soldat de la paix. Il a connu la guerre, il l’a vécue, et il a sauvé des vies. Tant qu’il sera Président de la République, il ne soutiendra jamais la division de la nation », a-t-il martelé.
La Basse-Guinée, une région stratégique appelée à l’exemplarité. Région riche, cosmopolite et stratégique, la Basse-Guinée abrite la capitale politique et économique du pays. Pour l’Ambassadeur de la paix, les sages de cette région doivent être un modèle de responsabilité et d’unité, non seulement pour les autres coordinations régionales, mais pour l’ensemble de la nation.
Il a ainsi tenu à rappeler que la Basse-Guinée ne se réduit ni à une seule langue, ni à une seule préfecture : « Quand on parle de Basse-Côte ou de Basse-Guinée, il ne s’agit pas uniquement de la langue soussou. Cette région englobe plusieurs préfectures, notamment Télimélé, Kindia ou encore Boké, chacune étant un pôle important. C’est chez vous que se trouvent l’aéroport international et le plus grand port du pays. On n’a jamais vu un train avancer sans sa tête. Entendez-vous, comprenez-vous. »
La diversité guinéenne comme socle de l’unité nationale
Poursuivant son plaidoyer, Elhadj Diériba Diaby a rappelé que la Guinée est un pays béni par sa diversité. Il a illustré son propos en revenant sur l’histoire politique du pays : «Le premier Président de la Guinée indépendante, originaire de Faranah, a gouverné depuis Conakry ; le second, venu de Dubréka, a dirigé depuis la capitale ; le troisième, Moussa Dadis Camara, originaire de la Guinée forestière, a exercé le pouvoir depuis Conakry ; le Général Sékouba Konaté, originaire de la Haute-Guinée, n’a jamais gouverné depuis l’intérieur du pays ; Alpha Condé, après plus de dix ans au pouvoir, n’a pas dérogé à cette tradition ; enfin, le Président élu au terme de la présidentielle du 28 décembre dernier, Mamadi Doumbouya, qu’il qualifie d’artisan de la paix et du développement s’inscrit aussi dans cette continuité républicaine», a- t- il déclaré.
Pour l’ambassadeur de la paix, cette réalité historique démontre que l’unité nationale prime sur les appartenances régionales.
Appel à la dépolitisation de la coordination de la Basse-Côte
Elhadj Diériba Diaby a invité les protagonistes à faire preuve de hauteur morale, en mettant de côté les intérêts politiques et politiciens. Selon lui, la coordination régionale de la Basse-Côte doit impérativement être dépolitisée afin de jouer pleinement son rôle de régulation sociale.
« Regardez le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali. Ils nous dépassent parce qu’ils privilégient l’intérêt national. Chez nous, l’intérêt personnel prend souvent le dessus. La politique divise, car elle est fondée sur des intérêts. Mais l’honneur et la dignité sont éternels. Le bonheur peut finir, le pouvoir aussi, mais l’honneur demeure. »
Les origines de la divergence expliquées par les sages
Prenant la parole, Elhadj Souleymane Camara, imam de la mosquée de Tombolia et membre de la délégation, a expliqué que la discorde trouve son origine dans l’interprétation de la charte régissant la désignation du Kountigui. Sur les 21 personnes habilitées, 14 ont porté leur choix sur Elhadj Alhassane Katep Camara, de Koba (préfecture de Boffa), tandis que 7 soutiennent Souna Yansané, de la commune de Kaloum.
Après les décès successifs d’Elhadj Sékhouna Soumah de Dubréka en 2024 et d’Elhadj Mamoudou Camara de Kindia en octobre 2025, plusieurs intérims ont été assurés, sans parvenir à un consensus durable.
Une médiation saluée et un appel à la sagesse
Pour Elhadj Sanoussy Doumbouya, secrétaire exécutif de la Fondation Diériba Diaby pour la paix et l’assistance sociale, cette rencontre vise avant tout à instaurer une paix durable, non seulement en Basse-Côte, mais en République de Guinée.
Présent à la cérémonie, l’ancien ministre de l’Unité nationale et de la Réconciliation nationale, Mamadou Taran Diallo, a salué la démarche et appelé les sages à privilégier la résolution traditionnelle des conflits : « Il existe la justice, mais nous ne voulons pas vous y voir. Réglez ce différend sous l’arbre à palabres. Enterrez la hache de guerre au nom de nos traditions et de nos valeurs spirituelles. »
Vers une solution durable
À l’issue de cette rencontre, Elhadj Moustapha Kaba, précédemment intronisé puis retiré, a été désigné Ambassadeur de la paix. L’initiative d’Elhadj Diériba Diaby, artisan infatigable de la réconciliation, vise à « laver le linge sale en famille » afin de préserver la cohésion sociale. Autorité traditionnelle suprême, le Kountigui de la Basse-Guinée demeure un pilier essentiel de la médiation, de la préservation des coutumes et du vivre-ensemble.
Conscient des tensions, le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) a, le 21 janvier 2026, ordonné le report sine die de l’intronisation qui était prévue à Kindia, privilégiant un consensus large et inclusif pour garantir l’ordre public. Une décision saluée par Elhadj Diériba Diaby, convaincu que la sagesse, le dialogue et l’honneur restent les seuls chemins vers une paix durable en Guinée.
Diplomate pour nouvelleinfo
