Marié et père de plusieurs enfants, Fodé Bangoura est né le 29 mars 1955 à Friguiadi, dans la sous-préfecture de Mambia, préfecture de Kindia. Il effectue ses études primaires dans la même localité, avant de poursuivre le collège et le lycée à Conakry.
Titulaire du baccalauréat unique en 1975, il intègre l’Institut polytechnique de Conakry. Il choisit ensuite la magistrature et en sort diplômé en 1983, avec la mention remarquable. Il appartient à la 5ᵉ promotion, baptisée Mohamed V, du nom de l’ancien roi du Maroc.
Un parcours judiciaire jalonné de responsabilités
À l’issue de sa formation, il entame sa carrière judiciaire en 1981 en qualité d’attaché de parquet au tribunal régional de Siguiri, avant d’être nommé président du tribunal d’arrondissement central de la même localité. En 1985, il devient assesseur au tribunal de première instance de Kankan, puis vice-président de cette juridiction jusqu’en 1986.
Fodé Bangoura participe par la suite au concours d’admission à l’École de la magistrature d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 1987, qu’il réussit. « Il a suivi deux années de formation dans le pays de Houphouët-Boigny », témoigne Yaya Boiro, lui aussi magistrat.
En 1990, il est nommé juge de paix à Forécariah, avant d’être rappelé à Conakry où il occupe les fonctions de vice-président du tribunal de première instance (TPI) de Kaloum. Il est ensuite muté au TPI de Kankan en 1997, poste qu’il occupe jusqu’en 2001.
De retour à Conakry, toujours au TPI de Kaloum, il participe activement à la mise en place du système juridique et judiciaire de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), l’une des expériences d’intégration juridique les plus abouties de la fin du XXᵉ siècle. « J’ai apporté ma contribution à la qualification du système judiciaire de notre pays », déclare-t-il avec modestie.
Au TPI de Kaloum, il est nommé vice-président et cumule cette fonction avec celle de président de la section commerciale OHADA. Il y reste jusqu’en 2004, avant d’être nommé président du tribunal. Fodé Bangoura demeure à la tête du TPI de Kaloum jusqu’en 2009, année où il rejoint la Cour d’appel de Conakry en qualité de président de chambre.
L’épreuve des grandes affaires d’État
Le 19 juillet 2011, une attaque armée vise la résidence du président Alpha Condé, située dans le quartier résidentiel de Kipé, dans la banlieue nord de Conakry. Fodé Bangoura est alors chargé de juger ce dossier en tant que président des assises. Cette affaire, l’une des plus emblématiques du régime d’Alpha Condé, est au centre de toutes les attentions.
Sans doute l’un des dossiers les plus marquants de sa carrière. « J’ai travaillé pendant six mois sans relâche sur ce dossier », se souvient-il.
À la Cour d’appel, le magistrat occupe successivement les fonctions de président de chambre à la Cour d’appel de Conakry, puis de président de la 4ᵉ chambre civile et économique, avant d’être nommé président de la 3ᵉchambre correctionnelle. Il assure également les fonctions de président des référés, par délégation du premier président de la Cour d’appel de Conakry.
Le 6 août 2018, il est muté en tant que premier président de la Cour d’appel de Kankan, poste qu’il occupe jusqu’au 29 décembre 2021.
Parallèlement à sa carrière, Fodé Bangoura a suivi de nombreuses formations et stages, aussi bien à Conakry qu’à l’étranger, notamment au sein d’institutions internationales spécialisées en droit du développement.
Il est ainsi formé à l’École régionale supérieure de la magistrature (ERSUMA) de Porto-Novo, au Bénin, en droit des affaires OHADA (2004–2007). Il suit également une formation de formateurs à Paris et Bordeaux en 2007, puis à Paris en 2017.
À cela s’ajoutent d’autres formations à Dakar (2011), Lomé (2007) et Brazzaville. Du 18 au 22 décembre 2017, il participe à une formation à l’École nationale de la magistrature (ENM) de Paris sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le trafic de migrants.
Fodé Bangoura est également formateur en droit OHADA au Centre de formation et de documentation judiciaire (CFDJ) du ministère de la Justice, où il dispense des cours sur le contentieux économique et les procédures collectives d’apurement du passif.
« Parallèlement, étant fils de paysans, je suis agriculteur et planteur. J’ai des plantations de palmiers à huile, anacardiers, manguiers, ananas et citronniers dans la préfecture de Kindia. À côté, je fais également de l’élevage, avec un petit noyau de bovins », confie le magistrat.
Au cœur du retour à l’ordre constitutionnel
Depuis le 29 décembre 2021, Fodé Bangoura est le premier président de la Cour suprême. À ce titre, il conduit les grandes étapes du retour à l’ordre constitutionnel en Guinée.
« Il a dirigé le référendum constitutionnel du 21 septembre, l’élection présidentielle du 28 décembre, et c’est également lui qui supervisera les élections législatives au niveau de la juridiction », explique l’un de ses proches.
Yaya Boiro, président de la Première chambre civile de la Cour suprême, est l’un des compagnons de longue date de Fodé Bangoura. Les deux magistrats se côtoient depuis de nombreuses années.
« Je confirme sa loyauté, ses compétences et son engagement en faveur des réformes de la justice. Je l’ai côtoyé pendant de longues années, notamment à la Cour d’appel de Conakry. C’est un magistrat rigoureux et compétent », témoigne Yaya Boiro.
Même appréciation du côté de Djeyla Barry, ancien président de la chambre spéciale de la Cour d’appel de Conakry et magistrat à la Cour suprême :
« Jeune avocat, j’ai plaidé devant lui. Je dois avouer qu’il fait partie des rares magistrats de notre pays, sinon le meilleur de sa génération encore en activité », confie-t-il.
Le jour du serment, l’aboutissement d’une carrière
Le 17 janvier 2026, le haut magistrat présidera sans doute l’une des cérémonies les plus marquantes de sa carrière. C’est lui qui dirigera l’investiture de Mamadi Doumbouya et lui fera prêter serment, conformément aux dispositions constitutionnelles.
« C’est un grand honneur pour moi d’installer le président élu dans ses fonctions. C’est l’aboutissement de toute une carrière. Je rends grâce à Dieu pour cette faveur. Je remercie également mes parents pour l’éducation et l’encadrement reçus, ainsi que tous ceux et celles qui ont contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui : amis, encadrants, connaissances et autorités.
Je demande enfin pardon à tous ceux et celles que j’ai pu offenser ou blesser. Pour ma part, j’ai pardonné », confie-t-il dans la sagesse.
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